L’Union Européenne a décidé de durcir les conditions d’octroi des visas Schengen aux ressortissants guinéens. La décision, adoptée le 7 juillet dernier par le Conseil de l’Union européenne sur la base du Code communautaire des visas, permet à Bruxelles de restreindre certains avantages consulaires lorsqu’un pays tiers est jugé insuffisamment coopératif en matière de réadmission de ses ressortissants en situation irrégulière.
Selon l’UE, la Guinée ne coopèrerait pas suffisamment dans l’identification de ses ressortissants faisant l’objet d’une mesure d’éloignement ni dans la délivrance des laissez-passer consulaires nécessaires à leur retour.
Depuis plusieurs années, plusieurs États membres, notamment la France, la Belgique et l’Allemagne, dénoncent la lenteur de ces procédures, dans un contexte où la lutte contre l’immigration irrégulière est devenue une priorité politique au sein de l’Union.
D’où la limitation de la délivrance des visas à entrées multiples, la suppression de certaines facilités accordées lors du dépôt des demandes et l’annulation des exonérations systématiques pour les titulaires de passeports diplomatiques ou de service des frais de visa. Le délai d’instruction des demandes pourra également être porté jusqu’à 45 jours calendaires, contre 15 jours dans la procédure habituelle.
Cette décision ne signifie toutefois pas une suspension générale des visas Schengen pour les ressortissants guinéens. Les demandes continueront d’être examinées, mais dans des conditions plus strictes. Les autorités européennes n’ont, en revanche, pas encore précisé si certaines catégories de demandeurs, notamment les étudiants, les personnes voyageant pour des raisons médicales ou familiales ou encore les voyageurs réguliers, pourraient bénéficier d’aménagements particuliers.
À Conakry, ce dossier demeure politiquement sensible à cause du taux de chômage des jeunes. Par ailleurs, les transferts de fonds de la diaspora constituent une source essentielle de revenus pour de nombreuses familles guinéennes, ce qui confère à la question migratoire une dimension économique et sociale majeure, nous dit-on.
En utilisant le levier des visas, l’Union européenne confirme sa stratégie consistant à conditionner certains avantages consulaires à une meilleure coopération des pays d’origine dans la gestion des retours de migrants. Cette politique traduit le durcissement de la politique migratoire européenne, alors même que plusieurs États membres continuent de faire face au vieillissement de leur population et à des pénuries de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs économiques.
Pour la Guinée, cette décision marque une nouvelle étape dans les relations avec Bruxelles sur la question migratoire. Tant que l’Union européenne estimera insuffisante la coopération de Conakry en matière de réadmission, les ressortissants guinéens devront composer avec des procédures de délivrance des visas plus contraignantes.
